On aime ces rencontres où le sérieux de la technique croise la passion des gens d’avions. Ce jour-là, dans une des salles du centre de formation de l’AFMAÉ à Bonneuil-en-France, l’ambiance est studieuse et feutrée. Une poignée de main franche, un regard clair, et déjà le ton est donné : Jacques Dauvergne parle de formation et d’aéronautique avec la même précision que celle d’un chef mécanicien devant un moteur d’A320.
Récemment nommé Délégué Général de l’AFMAÉ et Directeur du CFA des métiers de l’aérien, cet ingénieur des Mines, passé par toutes les strates de la maintenance et de la logistique d’Air France Industries (activité maintenance du groupe Air France), incarne une certaine idée de l’excellence française dans l’aérien, exigeante, humaine, tournée vers l’avenir.
De la maintenance à la transmission : une trajectoire au service de l’aérien
« J’ai rejoint Air France en 1989, après mes études d’ingénieur aux Mines » se rappelle Jacques. « Mes débuts se sont faits aux opérations aériennes, auprès des pilotes. C’est là que j’ai appris à écouter le besoin opérationnel. »
S’ensuit un parcours jalonné de responsabilités au sein de la Direction Générale Industrielle d’Air France : maintenance, navigabilité, gestion de flotte et transformation organisationnelle.
Des mots qui, chez lui, prennent la saveur du concret. Il a dirigé la navigabilité et la maintenance de la flotte Airbus A320 (150 avions), mené la refonte de la maintenance à Roissy-CDG, avant de piloter des business units industrielles et la supply chain du groupe.
« L’aérien est un écosystème exigeant. Il faut allier rigueur technique, sécurité et adaptabilité permanente. C’est ce mélange qui m’a toujours passionné. »
Des partenariats d’envergure et un goût affirmé pour l’innovation
Deux projets illustrent bien son approche du management industriel : un partenariat avec Boeing sur la maintenance des Boeing 777 et une collaboration avec Lufthansa sur les Airbus A380 lors de son intégration dans la flotte. Mais Jacques ne se limite pas aux géants de l’aérien. Il évoque avec enthousiasme la digitalisation de la gestion des stocks menée avec une start-up française :
« Nous avons repensé toute la logique de stock, ce qui a permis d’optimiser des centaines de millions d’euros. C’est typiquement le genre de projet où la rencontre entre innovation et savoir-faire industriel produit de la valeur. »
De l’industrie à la formation : la transmission comme fil conducteur
Avant même sa nomination à l’AFMAÉ, Jacques Dauvergne s’était déjà engagé dans la formation. Il a été à l’origine de la création d’une École de la Logistique et de la Supply Chain, destinée à renforcer les compétences des 1 400 salariés d’Air France Industries. Un prolongement naturel, presque une évidence pour lui, donc.
« Former, c’est préparer le futur. Dans l’aérien, la transmission est essentielle : sans elle, on perdrait ce savoir-faire unique qui fait notre réputation mondiale. »
Ses priorités pour l’AFMAÉ : proximité, attractivité et innovation
Dès son arrivée en septembre 2025, le nouveau Délégué Général a voulu s’inscrire dans la continuité, tout en imprimant sa marque : renforcer les liens avec les entreprises du secteur, accroître l’attractivité de l’apprentissage et de la formation continue et favoriser l’innovation pédagogique et technologique.
« Les recrutements à venir sont massifs. Nous devons anticiper, adapter nos cursus et soutenir les entreprises dans cette montée en compétences. C’est une responsabilité partagée, entre industriels et formateurs. »
Un aérien durable, inclusif et tourné vers les nouvelles mobilités
Pour Jacques Dauvergne, l’avenir de la formation aéronautique se joue sur trois terrains : l’inclusion pour ouvrir les métiers à la plus grande diversité de profils, l’innovation technologique et la transition écologique, désormais au cœur des cursus. L’AFMAÉ s’investit déjà dans la formation sur les nouvelles mobilités, notamment avec l’avion électrique Vélis Electro et dans la très récente création de l’Institut des Mobilités Aériennes Avancées.
« L’avenir de l’aérien sera sobre, intelligent et humain. Et nos jeunes talents doivent être prêts à le faire décoller. »
Un mot de la fin… ?
« Dans l’aérien, on ne cesse jamais d’apprendre. C’est cette curiosité, cette exigence et cette passion que nous voulons transmettre à la nouvelle génération. »

Le ton est posé, précis, inspirant. On quitte Jacques Dauvergne avec l’impression d’avoir rencontré un homme qui a su conjuguer rigueur d’ingénieur, expérience de dirigeant et sens du collectif. Et surtout, quelqu’un qui croit dur comme fer que l’avenir de l’aérien français passera par la formation.
Auteur de l’article : Nicolas Robineau







